†.ĦэcкĿıήġ CίŦy.†

†.ĦэcкĿıήġ CίŦy.†
-Mise à jour sur l'article 2 et l'épilogue-


†. Bienvenue .†


Vous entrez dans Heckling City.
Au milieu de nul part. Un amas de boyaux métallique recouverts de poussière et arrosé de pétrole. La ville réussie à ceux qui en ont les moyens : nombreux sont ceux qui se font de l'argent sur le dos des autres. Tout est permit. Vente de drogues sous le nez de la police, trafic d'organes, prostitution : même le trafic des enfants arrive à se faire une place. Pas au Sud, en tout cas : on se permet au Nord de la ville des choses que le Sud ne laissera jamais passer.
Les grands pontes jubilent, et effacent leurs ennuis à coups de flingue. Les témoins disparaissent, les amants meurent, les enfants illégitimes sont revendus aux proxénètes. Le bas peuple fait de son mieux pour survivre dans ce noeud de grisaille, en vendant le peu qu'il possède : les connaissances pour les plus chanceux, le corps pour ceux qui n'ont rien d'autre. Tout a un prix, tout peut s'acheter, tout peut se vendre. Et si la police fait de son mieux pour imposer un semblant de justice, Heckling ne marche qu'au pas de cette phrase :


"Vends ce que tu as pour acheter ce que tu n'as pas"


C'est la seule loi qui fait tourner l'air crasseux des entrailles de la ville. Et au milieu de toutes ces sordides histoires, les quelques uns qui cherchent à s'en sortir s'autodétruisent mutuellement. La fatalité est le seul mot d'ordre. Et pourtant. Certains espèrent encore. On sait pourtant que si l'on naît dans Heckling, on n'en sort jamais.
Cette histoire est celle d'une poignée de personne qui ont cru pouvoir échapper à ça. C'est l'histoire de Link, qui aspire à autre chose qu'à son salaire de tapin. Qui va se retrouver dans des problèmes bien trop grands pour lui. Mais qui va continuer d'y croire, jusqu'au bout, jusqu'à l'inévitable fin : lui et tous les autres entament alors une chute vers un anéantissement total, dont aucun ne ressortira.


†. Bienvenue .†



Cette histoire est une fiction : elle met en scène des personnages purement fictifs, dans des lieux qui le sont tout autant. Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé sera purement fortuite. Certaines idées véhiculées par cette fiction et certaines scènes qu'elle contient peuvent heurter les sensibilités.



# Posté le mercredi 02 avril 2008 13:13
Modifié le dimanche 25 mai 2008 12:38

†.ĦэcкĿıήġ CίŦy.†

†.ĦэcкĿıήġ CίŦy.†
†. Quelques liens utiles .†



-- heckling-city.rpg-board.net --
" Dans Heckling City, il reste bien peu de personnes honnêtes... Abandonnée il y a 5 ans par toute autorité, la ville est devenu le centre de tout les trafics illégaux de la planète... Vous êtes né ici, vous mourez ici aussi... "
Ce forum, créé par le Cristal (alias Lund dans la fiction & sur la forum) est inspirée de la fiction écrite ici (par Link, alias Link Hope dans la fiction & le forum). Les personnages de la fiction autres que Link et Lund n'y sont pas, mais vous ne serez pas de trop pour peupler ce lieu sordide... Forum déconseillé au moins de 15 ans.

--heckling-city-fiches.skyrock.com --
Vous êtes paumés dans la fiction parce qu'il y a trop de personnages? Vous voulez tout simplement en savoir plus sur eux avant de commencer à lire? Ce blog est encore en construction, mais il contendra les fiches de tous les personnages de la fiction, quelque soit leur importance dans l'histoire... sans pour autant révéler les secrets qu'ils essayent de cacher!

-- épisodes de la fiction --
Voici les liens directs sur les épisodes de Heckling City : certains ne sont pas dans l'ordre chronologique, alors regardez bien se passe l'action, à quel moment et qui est le narrateur -car le point de vue change souvent!

-épilogue

Partie Un - Souffrir
-épisode un
-épisode deux
-épisode trois
-épisode quatre
-épisode cinq
-épisode six
-épisode sept
-épisode huit
-épisoe neuf
-épisode dix
-épisode onze
-épisode douze
-épisode treize
-épisode quatorze
-épisode quinze
-épisode seize
-épisode dix-sept
-épisode dix-huit
-épisode dix-neuf

Partie Deux - Fuir
-épisode vingt
-épisode vingt et un
-épisode vingt-deux
-épisode vingt-trois
-épisode vingt-quatre
-épisode vingt-cinq
-épisode vingt-six
-épisode vingt-sept
-épisode vingt-huit

Partie Trois - Mourir
-épisode vingt-neuf
-épisode trente
-épilogue

(la fiction est terminée...merci à tous!! --)



...et pour ceux qui ça intéresse, mon blog est ici: not-a-blog.skyrock.com !! Au début, je ne voulais pas le mettre...mais finalement, pourquoi pas? C'est pas parce que je suis schyzo que ... oops, ça y est, vous avez deviné!! ^^
Eh donc, Link existe bien...bon, ce n'est pas un beau jeune homme de 17 ans, désolé!! Link, c'est une sorte de concept. C'est ce que je suis. Bon, vous allez me trouver schkyzo, mais j'essaye quand même de vous expliquer: Link, c'est moi. Ma personnalité. Mais pas mon visage. Des visages, on peut s'en inventer autant qu'on veut, et ce blog, c'est comme un masque derrière lequel je me cache. Voilà ^^
Venez découvrir qui est la fille cinglée qui a écrit cette histoire, et jettez-lui des tomates... :D

Link vous aime!!



( note du vendredi 10 octobre 2008 : si vous relevez des fautes, n'hésitez pas à me les signaler!! Je sais que j'en ai laissé beaucoup, mais je n'ai pas le temps de tout reprendre au peigne fin... Alors je compte sur vous, n'hésitez pas à trasher mon orthographe!! )
# Posté le mercredi 02 avril 2008 13:32
Modifié le vendredi 10 octobre 2008 13:28

†. Epilogue .†

†. Epilogue .†
Heckling City


Prologue




-Bon, où est-ce qu'on en est?

J'ai avalé le fond de mon gobelet de café, et je l'ai jeté dans la première poubelle que j'ai croisée. À côté de moi, Derek feuilletait les pages de son dossier, essayant de me suivre tant bien que mal: j'étais de mauvais poil, je marchais vite. Cette histoire me tapait sérieusement sur les nerfs: il était déjà plus de onze heure, et je n'avais qu'une seule envie, rentrer chez moi. Ma femme allait encore râler. Je savais que mon couple se noyait, mais je n'avais pas vraiment le choix: si seulement certains arrêtaient de me faire perdre mon temps!

-Le blessé a été transféré à l'hôpital, m'a avertit Derek, mais il est sérieusement touché, ça m'étonnerait qu'il en revienne...On a réussi à faire avouer un des deux gamins, il ne voulait pas que l'autre prenne à sa place, mais on ne sait toujours pas pourquoi il a tiré.

-Des nouvelles de McHevner?

-Non, on cuisine le plus jeune depuis tout à l'heure, il ne dit toujours rien.

Une affaire débile avec des gamins qui ne coopéraient pas: je vous jure, engager vous pour mettre de l'ordre dans cette ville... Et dire que je croyais que j'allais changer le monde! Résultat, j'ai quarante six ballets, dont vingt-quatre de service, je suis au bord d'un divorce inévitable, et mes gamins sont des délinquants juvéniles.

-On a qu'à lui dire que le blessé est déjà à l'état de cadavre: si il sait qu'on peut le coffrer pour complicité de meurtre, il va vite devenir bavard!

-Je l'ai laissé avec Samantha, j'ai pensé que vous voudriez l'interroger vous-même...

-Et son copain?

-Celui qui a tiré sur Light? Dans la pièce d'à côté, on essaye d'en savoir plus. De toute manière, on ne creusera pas bien loin...On ferait mieux d'appeler le pénitencier tout de suite pour leur refiler.

-Je suis peut-être crevé, mais c'est pas une raison pour faire n'importe quoi, Derek! ai-je rétorqué. Je veux savoir pourquoi ce mec est mort, pourquoi ce gosse lui a tiré dessus, je veux savoir où est McHevner et pourquoi l'autre crétin refuse de le dire!

-Chef, Light n'est pas encore mort...

-Oui, bon, bah...tu l'as dit toi-même, avec les balles qu'il s'est prit, ça serait étonnant qu'il survive!

J'ai frappé à la porte, Samantha est venue m'ouvrir: je lui aie fait signe qu'elle pouvait sortir, et j'ai refermé la porte derrière elle. Je me suis assis à la table avec un soupir, Derek est resté dans le coin de la pièce. En face de moi, le gamin avait les mains menottées, il se griffait la peau jusqu'au sang. Il tremblait comme une feuille. Je lui aurais donné...seize ans, à peine. Je ne l'avais encore jamais vu, il ne devait pas avoir beaucoup eut affaire à la police. Son copain, dans la pièce d'à côté, était très calme: un habitué. Lui, il n'avait vraiment pas l'air bien. Peut-être le faire d'avoir vu un type se faire tirer dessus par un de ses amis...

-Il paraît que tu ne parles pas, j'ai simplement fait.

Il a jeté un regard en direction de la vitre fumée. On aurait dit un lapin apeuré. J'ai fait signe à Derek, il a posé le dossier sur la table. Je l'ai ouvert pour y jeter un ½il.

-Linus, c'est ça?

-C'est un nom à la con, a-t-il grommelé.

-Ah, peut-être, mais c'est celui qui est marqué. Linus Hope, né à Heckling City...Tiens, côté Nord. T'es bien loin de chez toi...

Heckling City se divise en deux, et c'est une véritable frontière: le Nord et le Sud se font la guerre, et d'après ce qu'on dit, le Nord est bien plus tranquille qu'ici...Enfin, en tant que flic, je sais bien que c'est faux. Même si le Sud est dangereux, il y a des choses qu'on ne se permet pas de faire. J'ai continué de lire.

-Alors, si j'en crois mes sources, tu es parti de chez toi il y a environ cinq ans après la mort de ta mère –une prostituée de Bluebery's Avenue, soit dit en passant- et tu t'es retrouvé sur Greven Street. Dangereux, comme coin...Tu travailles au Riot Hotel, d'après ce que je lis.

Le Riot était un bar hôtel, plutôt fréquenté: tout les ivrognes allaient s'y saouler, mais il y avait pas mal de gens de passage qui y passaient la nuit. Tout le monde sait que les gosses qui travaillent là-bas sont des prostitués, ce n'est pas un secret.

-Tu connaissais bien McHevner?

-'vois pas de qui vous parlez.

-Ecoute, petit con, commence pas à te la jouer: si dans une demi heure tu continues à nous faire transpirer, je te fais embarquer direct pour complicités de meurtre. Ton copain, là, il va déjà écoper de la prison à vie: tu sais ce qui arrive aux mecs comme toi, dans les pénitenciers de Heckling?

Il a levé les yeux vers moi, brusquement.

- ...Light est...est mort?

-Oh, pitié, ne joue pas à ça.

-Attendez, j'en savais rien! s'est-il écrié, soudainement paniqué. Je savais que Sami avait tiré, mais je pensais que...je croyais...il est vraiment mort?

-Tiens, ça a l'air de te rendre triste...Dans ce cas, pourquoi tu as participé à son meurtre?

-J'ai jamais eut l'intention de le tuer! a protesté le gosse. Jamais j'aurais fait ça!

-Non, mais ton pote ne s'est pas gêné! Il a avoué avoir tiré trois balles de sang froid en sa direction, ce n'est quand même pas rien.

-Light a essayé de me descendre, si Sami a tiré, c'était juste pour me protéger! Qu'est-ce que vous auriez voulu qu'il fasse? Jamais je ne l'aurais laissé faire, sinon!

-Et si vous n'aviez pas prévu de le tuer, qu'est-ce que vous foutiez dans un parking à cette heure là?

Il a ouvert la bouche, l'a refermée. Il avait l'air complètement paumé: n'importe qui aurait été attendrit, mais moi, j'avais autre chose à faire. Mais surtout, c'était une bonne idée de lui dire que Light était mort: ça avait l'air de pas mal le chambouler.

-Bon, on aurait tout le temps de s'occuper de ça plus tard, ai-je coupé. Où est McHevner?

-Aucune idée.

-Tu n'as pas dis tout à l'heure que tu ne le connaissais pas? ai-je relevé.

Il était aussi fatigué que moi: mon mensonge l'avait atterré, il avait passé environ deux heures dans cette pièce à répondre des questions que j'allais lui reposer, il était au bout du rouleau. Et quand il craquerait, j'aurais enfin mes réponses.

-Dis moi où il est.

-Je sais pas.

-Tu sais qu'il est accusé du meurtre de Devon Esteban?

-On m'a déjà fait le coup, je sais très bien qu'il ne l'a pas tué!

-C'est ce qu'il t'a dit?

-Il n'aurait pas pu faire ça! Devon était un de ses employés, il n'avait aucune raison de le tuer!

J'ai soupiré. Il y avait trop de choses en même temps: ce gosse, Devon, avait été retrouvé mort, et comme il devait de l'argent à pas mal de monde, l'affaire était devenue trop importante pour qu'on la néglige. Pourtant, des tas de dealers et de tapins meurent tous les jours, et on n'ouvre pas une enquête pour autant! Bref, on avait déjà quelqu'un en garde à vous qui avait fait porter le chapeau à McHevner mais qui refusait d'en dire plus, et maintenant, on avait un autre mort pas encore tout à fait mort sur les bras, avec McHevner dans la nature et deux enfoirés qui refusaient de parler. Comment voulez-vous démêler un truc pareil? Moi, j'avais le tournis.

-Le type qu'on a arrêté au moment de la mort de Esteban a insisté sur le fait que McHevner était impliqué.

-Quoi, c'est Robin qui vous a dit ça?

Ce gamin m'énervait: il avait constamment le regard de celui qu'on vient de trahir. Des grands yeux très verts qui s'agrandissaient encore plus dès que je disais quelque chose. Je me demandais comment un gosse avec un air aussi naïf avait pu survivre sur le trottoir.

-C'est impossible, a-t-il simplement déclaré. Pour commencer, vous n'aviez pas à le garder ici, il n'a absolument rien fait!

C'était vraiment dingue: de son point de vue, personne n'avait rien fait. Si c'était vrai, je pouvais donner ma démission...Il était capable de trouver des excuses à tout le monde, avec sa confiance démesurée en prétexte: mais comment est-ce qu'un môme naïf à se point est encore en vie?

-Tant qu'on n'en sait pas plus, vous resterez tous ici, de toute manière...Et je ne suis pas très patient, donc si les choses ne s'éclaircissent pas rapidement, je vous balance tous au trou, ça débarrassera les rues. Je te le demande une dernière fois: où est ce fumier?

-Je vous dis que j'en sais rien!

-Et moi je crois que tu sais très bien.

Il a posé les coudes sur la table, a enfouit son visage dans ses mains. Ses ongles avaient laissés des traînées de sang le long de ses doigts, qui goûtaient dans ses cheveux blonds. On a frappé à la porte, Derek a ouvert. Samantha était revenue.

-Chef, on a du nouveau du côté de Robin Tersen.

Le gosse a sursauté, a levé les yeux vers Samantha:

-Il est là? Comment il va? Je peux le voir?

-La ferme! lui ai-je gueulé. Bon, alors, qu'est-ce qu'il y a?

-Il soutient que c'est McHevner qui a tué Devon Esteban: d'après lui, c'est parce qu'Esteban avait découvert un truc. McHevner payait les services d'un de ses employés, il ne voulait pas que ça se sache.

-Il a donné un nom?

Samantha a désigné le gosse d'un mouvement de tête. Il a eut l'air horrifié, et moi, j'avais le sourire jusqu'aux oreilles. Je commençais à y voir un peu plus clair.

-On est sur de ça?

-Demandez à l'intéressé, il répondra mieux que moi, a répliqué Samantha avec un ton méprisant. Ah, et l'autre, celui qui a flingué Light, il veut un avocat.

-Pour quoi faire?

-Il dit qu'il a tiré par légitime défense, et qu'il ne dira rien de plus. On fait quoi, on le frappe?

-Foutez lui la paix, il a rien fait! a clamé le môme.

-Ta gueule! lui a crié Samantha.

Elle méprisait tous les gosses de la rue, sans aucune exception. Ce genre d'affaire l'écoeurait, mais faisait d'elle une flic redoutable.

-Vous pouvez pas faire ça! Il y est pour rien, relâcher-le!

-Si tu parlais un peu plus, on aura pas à le faire, ai-je ricané. C'est bon, Samantha, merci.

Elle a lancé un regard noir au gosse, et j'ai cru qu'elle allait lui cracher au visage. Elle a claqué la porte, et lui, il était à deux doigts de se lever. Mais ses pieds étaient accrochés à la chaise, il pouvait toujours essayer...

-Alors comme ça, tu étais payé par ton propre patron...La vie est belle, non?

Je jubilais.

-C'est pas ça du tout... a-t-il marmonné.

On aurait dit un gamin prit en délit de tricherie.

-En tout cas, les choses sont claires: si Esteban savait qu'il te payait, il est évident que McHevner l'a descendu avant qu'il ne parle.

-Il ne me payait pas, je vous dis!

-Vous couchiez ensemble, oui ou non?

-Non!

-Pourquoi Tersen aurait raconté ça, alors?

-Je...J'en sais rien, moi!

-On peut toujours demander à ton copain...C'est quoi, son nom, déjà?

-Je vous aie déjà dit que Sami avait rien fait!

-Il y a ses empreintes sur la crosse d'un flingue, c'est rien, peut-être? Il risque la prison à vie, je crois que sa langue se déliera plus vite que la tienne!

-Lui faîtes pas de mal!

J'ai éclaté de rire:

-Parce que tu crois que tu as ton mot à dire? On est peut-être des flics, mais on est à Heckling: si on veut quelque chose, on l'obtient, par n'importe quel moyen. Tu couchais avec McHevner, oui ou non?

-Non.

-Tu sais où il est?

-Non.

-Bon, on va te laisser réfléchir.

Je ne me suis levé, Derek m'a suivit.

-Attendez, vous allez où? Et moi, je fais quoi?

-Toi, tu restes assis là et tu attends. Nous, on va s'occuper de ton pote, je pense qu'il va avoir plein de choses très intéressantes à dire une fois qu'on l'aura un peu bousculé. Si tu as un aveu à faire, tu n'auras qu'à appeler.

J'espérais que l'autre allait être plus bavard: je voulais que cette histoire soit close avant minuit. Si ce n'était pas le cas, je les envoyais tous en taule. En refermant la porte, j'ai lancé un regard épuisé à Derek, qui a hoché la tête. Quelque chose me disait qu'on n'en avait pas encore finit...Mais dans quel pétrin ces gosses s'étaient-ils tous fourrés?


# Posté le samedi 05 avril 2008 14:43
Modifié le vendredi 13 juin 2008 07:09

†. Episode Un .†

†. Episode Un .†
Heckling City


Partie Un - Souffrir
La tragédie est lente, incidieuse: tout doit se mettre en place, lentement. Les veines s'ouvrent et se vident, inexorablement. On cherche à stopper le flot de l'hémoglobine, mais en vain. En vain, toujours, car l'espoir n'est rien.
Saigner, pleurer, ramper, supplier - souffrir.




Episode Un
Quatre ans auparavant
Quartier Sud
17h04
Sami



On était en février, les rues étaient encore couvertes de givre. Chaque année, on a l'impression qu'Heckling essaye de nous tuer à cette période là: elle paraît vivante, elle s'acharne contre nous à grands coups de glace et de vent...En été, c'est à la chaleur qu'elle essaye de nous avoir, elle nous fait rôtir à petit feu, tout ce passe dans une lente agonie. Il n'y a pas de printemps, juste un petit morceau entre fin avril et début mai où l'on s'offre un cours répit. L'automne, c'est un peu de repos pendant deux, trois mois: Heckling se calme et nous laisse souffler. J'adore l'automne, ce calme tranquille, la fin des calvaires. J'ai toujours l'impression qu'on n'a jamais de problèmes, en automne.
Je suis né à Heckling, et il y a une sorte de dicton qui dit que quand on est né ici, on ne peut pas en ressortir. Il y a pas mal de gens qui se retrouvent là, et qui repartent aussi vite. Nous, on ne peut pas. Ce n'est pas qu'on s'est attaché à cette ville, mais...on n'a nulle part où aller, les seules choses qu'on a l'impression de posséder sont ici. Je dis ça parce que rien n'est jamais vraiment à nous.

"Vends ce que tu as pour acheter ce que tu n'as pas"

C'est comme ça que ça marche: il faut continuellement vendre, se vendre, vendre les autres...Pour acheter tout le reste, tout ce qui nous manque. Pour certains, se sont des caprices, et pour d'autre, c'est de la survie. Comme partout ailleurs, il y a ceux qui s'éclatent et ceux qui en bavent. Je suis dans la deuxième catégorie, mais je suis du genre optimiste, alors...

Mon père était dans le trafic d'armes, mais il a vite compris que je n'avais pas l'étoffe du métier: à onze ans, je me suis retrouvé dehors, il a bien fallut que j'improvise. J'ai réussi à me trouver des petits trucs, ici et là, jusqu'à ce que je rencontre Green. En fait, c'est plutôt lui qui m'a ramassé, je venais de me faire tabasser par une bande de racailles bidons, il a bien vu que je ne faisais plus grand-chose de ma vie alors il m'a proposé de bosser pour lui.

Il tenait un bar hôtel sur Greven Street, un autre au Nord vers Bluebery's Avenue, disposait d'une petite dizaine d'entrepôts qui servaient à des réseaux de came: il venait d'une famille où l'argent était toujours taché de sang, mais où il ne manquait jamais. Ce type, avant même de naître, il avait déjà tout pour lui. Dealer, fournisseur d'armes, proxénète...Il était sur tous les tableaux.

J'avais douze ans quand je suis entré à son service: j'ai commencé par aidé Peter et Cash dans leur entrepôt, je déplaçais les caisses, je recomptais la monnaie, ce genre de truc. Peter et Cash étaient des employés de Green, ils étaient plutôt chouettes, mais camés jusqu'aux yeux. Moi, je n'y touchais pas. Green m'avait prévenu que c'était provisoire, et au bout de deux ans, j'ai quitté l'entrepôt pour bosser au Riot Hotel. Trois étages de chambres, dont un réservé pour le personnel, un bar restaurant et une cave remplie de rat. C'était tout le temps plein, des voyageurs qui faisaient escale et des ivrognes qui venaient oublier leurs problèmes de boissons dans des verres d'alcool –c'est une méthode très tendance.

Mais bon, on ne peut pas dire qu'il n'y avait que du personnel de service: Green avait embauché pas mal de filles qui faisaient le trottoir d'en face, et qui faisaient des allés retours entre la rue et les chambres, suivies par des types un peu angoissés à l'idée de se faire piquer. La plupart d'entre elles vivaient dans des squats, ou bien avaient leurs propres appartements, et versaient à Green ce qu'il demandait pour les autoriser à rester dans "sa" zone. Presque tout Greven Street lui appartenait, et il fallait payer pour y gagner sa vie. Une sorte de droit de passage...

Pour les mecs, c'était différent. Oui, parce qu'il y avait aussi des mecs, il ne faut pas croire qu'il n'y a que les filles pour faire ce genre de boulot...Jordan avait quatre ans de plus que moi, et ça faisait déjà deux ans qu'il bossait pour Green: autrement dit, il a commencé à faire le trottoir à l'âge de douze ans. Mais lui, c'était un cas particulier...Une longue histoire. Il était super cool avec moi, c'était un type calme, réglo. Il paraît que je lui ressemble...

Bref, Jordan et les autres n'avaient pas les moyens de payer une chambre d'hôtel, et ils s'étaient tous faits virés des squats dans lesquels ils étaient. Green leur a laissé les chambres du personnel, moins cher qu'un loyer normal, mais à la condition qu'ils payent à la fin de chaque mois. Du coup, le Riot, c'était chez eux. Mais pas question de faire concurrence aux filles, ils ne restaient pas là la journée. La gare est à trois rues d'ici, c'est là-bas qu'ils bossent. Enfin, je dis ils, mais je suis dans le tas, maintenant, donc...

J'ai commencé par faire la plonge, et quand j'ai eut quatorze ans, j'ai demandé à Green d'arrêter. Il a eut l'air surpris que je demande moi-même à tapiner, mais il n'a pas posé de questions, il me l'a accordé. Je crois que ça devait m'ennuyer, de laver des assiettes sales...Il y en a qui ne choisissent pas, moi j'ai préféré choisir avant de ne plus pouvoir décider par moi-même. Et j'ai toujours aimé les mecs, donc ça ne me dérangeait pas plus que ça. Ce n'est pas tout: j'adore rôder dans la gare, dans la foule. Tous les jours, j'entends des gens gémir en disant qu'il y a trop de monde, que c'est trop bruyant, et que merde à la fin, ils pourraient au moins passer un coup de balai de temps en temps.
Moi, j'aime ça. Quand j'étais gosse, je trainais tous les temps dans les endroits bondés de monde, pour observer les gens. Là, je ne les regarde plus de la même manière, mais c'est toujours amusant de les voir courir quand leur train démarre, de les voir se retrouver ou se quitter, d'imaginer où ils vont, pourquoi...Je suis un rêveur. C'est pour ça qu'au début, j'ai mit du temps avant de trouver "ma" place, je voulais rester quelque part où j'étais sur de ne rien manquer de ces départs, de ces retrouvailles, de ces rencontres qui, parfois, n'en sont pas. Comme quand on renverse quelqu'un qui porte quatre valises, et qu'on l'insulte sans même se demander où est-ce qu'il va avec autant de bagages...Moi, je lui demanderais. Mais les seules personnes que je suis susceptible de rencontrer, je n'ai rien d'autres à attendre d'elles que le fric qu'elles me doivent.

Heckling est un endroit bizarre: on sait toujours ce que font les autres, mais on n'en parle jamais. Une sorte de loi du silence un peu étrange. Vous savez que votre voisin bat sa femme et qu'il refile de la drogue aux lycéens, vous savez que le type qui prend le même autobus que vous est un pervers dangereux qui participe à un réseau de kidnapping et de revente de mômes, vous savez que la fille qui vous fait des clins d'½il à l'autre bout de la rue est une professionnelle du sexe rapide, vous savez ce qui se passe dans les toilettes de la gare. Mais vous ne dites rien, vous vous faites discret. Après tout, votre vie est déjà assez dure, vous n'avez pas envie de vous mêler à la vie des autres. Ils font ce qu'ils veulent. Les curieux ne vivent jamais très longtemps.
Vous n'êtes à l'abris de rien, tout le monde sait ce que vous faîtes. Je m'y suis vite habituer à ça, au regard des autres, à ceux qui vous jugent, qui vous méprisent. Puis on ne les voit même plus. De toute manière, on ne regarde que ce qui nous intéresse. Et ce qui intéresse un mec qui se vend, c'est uniquement le regard de ceux qui achètent.




Ce jour là était bien partit pour être vraiment chiant. Il faisait froid –je l'ai dit, je crois, qu'on était encore en février-, il faisait gris, je n'avais plus de cigarettes et je me rongeais les ongles.

-Mais arrête de te bouffer les doigts! a râlé Jordan, qui revenait des chiottes.

-Qu'est-ce que ça peut te faire?

-Je déteste ce bruit, je l'entends depuis l'autre bout de la gare! Et non, je n'ai pas de clopes.

J'ai soupiré. Je fumais beaucoup trop, je le savais bien. Mais ça me détendait. J'ai repéré cinq japonais qui regardaient un plan, consternés, sans réaliser qu'ils le tenaient à l'envers. Un gamin de six ans courait après sa s½ur, et on entendait leur mère les rappeler à grands cris. J'étais à l'affût, continuellement, de quelque chose qui pourrait différencier ma journée des autres.
Je n'ai pas été déçu...

J'étais adossé au mur, à l'écart de la foule, près de l'escalier qui conduisait aux quais 9 et 10. Tous les matins, j'entendais le haut-parleur lancer "le train TER en provenance de Valence va entrer en gare: les voyageurs sont priés de se tenir éloignés de la bordure du quai"... Je pouvais mieux surveiller les arrivés des voyageurs, qui se précipitaient dans la salle, cherchant dans la foule leurs parents, amis, femmes et enfants. Parfois, je reconnaissais certaines personnes, et c'était comme un deuxième épisode.

La scène à laquelle j'ai assistée se déroulait dans cet escalier : il était assez long, coupé à sa moitié par une marche plus étendue que les autres, et dans le mur, une porte donnait un accès à un escalier de secours, je crois. Ou bien un vide ordure, je ne suis pas sur. Un train venait juste d'arriver en gare, et presque tout le monde en était descendu: je commençais déjà à regarder ailleurs, persuadé que plus personne ne passerait par l'escalier. Puis j'ai perçu des voix. Et parfois, il n'en faut pas beaucoup pour piquer la curiosité. Je vous l'ai dit, je crois, que les curieux ne vivaient pas longtemps...

- ...et où est-ce que tu vas?

-Chez ma mère grand lui porter un pot de beurre, crétin.

-Oh, qu'elle est mignonne! Hé, Max, pas vrai qu'elle est mignonne?

-Foutez moi la paix, bande de cons...

-C'est pas très gentil, ça...Ta maman t'a pas dit qu'il fallait être poli avec les gens?

Planqué derrière le mur, j'ai jeté un coup d'½il dans l'escalier. La porte dont je vous parlais tout à l'heure était ouverte, justement, et un type s'appuyait dos contre le battant pour la garder ouverte. C'était la voix de son copain que j'avais entendu: deux grands dadais qui se prenaient pour des racailles. La victime du jour: un môme de treize ans à peine, d'après mon estimation. Un petit bout de brindille qui se serait envolé au premier coup de vent.

-Tu devrais t'excuser, tu sais.

-Vous êtes lourds, les mecs...

Le gamin a soupiré, puis a continué de descendre les marches. Le type qui l'avait abordé l'a retenu par le bras:

-Hé, attends, tu vas pas nous laissez comme ça...

-Sami, tu fous quoi? a demandé Jordan en regardant par-dessus mon épaule.

-Chut.

-Tu veux pas rester un peu avec nous?

-Allez vous faire voir, a craché le môme.

Il avait peut être du répondant, mais je remarquais qu'il regardait autour de lui. Sur son visage, on pouvait presque lire: "mais il n'y a déjà plus personne, ou quoi?". Je ne me mêle jamais des affaires des autres –ma théorie sur les curieux- mais là, je sentais que ça risquait de mal tourner pour lui.

-Mince, tu entends comment il me parle?

-C'est vrai, on essaye juste d'être sympa, nous... a fait le dénommé Max, appuyé contre la porte.

-Lâche-moi, a protesté le gamin en essayant de se dégager.

-Ce serait dommage que tu restes tout seul, t'es tellement mignon... Tu veux pas venir jouer un peu avec nous?

-Lâche-moi!

-Y a plus personne sur le quai, a avertit Max en jetant un coup d'½il vers le haut de l'escalier.

-Allez, viens par là, on te mangeras pas.

-Fous moi la paix, espèce de malade! Lâche moi!

Le gosse a essayé de se débattre, mais l'autre avait laissé tombé son air gentil: son pote tenait toujours la porte, il l'a poussé vers l'entrée. Le gamin a continué d'hurler, a donné des coups de pieds dans tous les sens, mais rien à faire, ils étaient deux et il devait faire quoi, 1m40? Les bras levés, sur un tabouret?

-Il va pas rigoler... a soupiré Jordan en reprenant sa place.

-Attends, on fais rien?

-Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse?

Peut-être qu'il n'y avait plus personne dans l'escalier, mais c'était impossible de ne pas entendre les cris du gamin qui se débattait. J'ai vu quelque personne tourner la tête vers l'escalier: elles avaient très bien compris. Mais on est à Heckling. On sait ce que font les autres, on ne s'en mêle pas. J'ai grimpé les premières marches de l'escalier.

-Vous vous amusez bien?

Les deux racailles ont levés les yeux vers moi, surpris. Le gosse avait les deux bras dans le dos et donnait des grands coups de pieds, sans succès. Quand il a entendu ma voix, il a levé aussi les yeux. Des grands yeux, très verts, avec des cheveux paille qui tombaient dessus. On aurait dit une petite bête effrayée.

-Quoi, t'as un problème? a lancé Max.

-Ouaip, et vous allez pas tarder à en avoir. Lâchez-le.

-Merde, j'ai trop peur... a ricané l'autre en essayant de pousser le gosse derrière la porte de service. Allez, casse toi.

-Lâche moi, lâche moi!

-Fermes là, morveux! Putain, il es bruyant, lui...

Bon, ok, il n'avait pas trop l'air de m'écouter...J'ai soupiré, puis j'ai décroché le flingue de ma ceinture. Ils se sont figés tous les deux.

-Hé, fais pas le con, mon pote.

-Je suis pas ton pote, et si tu ne le lâches pas tout de suite, je te fais un trou gros comme une mandarine dans ton crâne de piaf.

Les deux types se sont jeté un regard, et comme j'avais pas l'air de plaisanter, ils ont lâchés le gosse et se sont enfuis par la porte de service. Elle a claqué derrière eux. Le môme a passé ses doigts sur des poignets en grimaçant.

-ça va? j'ai demandé.

-Ouais, ça ira...Merci. Personne avait l'air de m'entendre. Vous leur auriez vraiment tiré dessus?

J'ai appuyé sur la gâchette du flingue: une petite flamme est apparue au bout du canon. Le gosse a eut un grand sourire. Je lui aie rendu.

-Qu'est-ce que tu fous là? Tes parents sont pas là?

-Ma mère est morte il y a quelques jours...Je vivais au Nord, mais je peux pas rester là bas. Je cherche quelqu'un et ça risque de me prendre du temps.

-Désolé pour toi...Tu as un endroit où loger, au moins?

Il a fait non de la tête. Jordan m'avait rejoint, grimpant les premières marches:

-Putain, Sami! Est-ce que les mots "profil bas" et "discrétion" évoquent quelque chose pour toi?

-J'allais pas le laisser comme ça, me suis-je justifié. Il vient du Nord et il a nulle part où aller, on pourrait...

-Je te vois venir, et c'est hors de question! Merde, depuis quand tu récupères les chats errants? Qu'est-ce que dirait Green s'il le voyait?

-On pourrait le confier à Chloé, elle ne dira rien...

-Je veux pas vous causer de problèmes, est intervenu le gamin.

Il avait un sac à dos plutôt maigre, pour quelqu'un qui part refaire sa vie dans l'autre moitié de la ville...J'ai soupiré: je suis pas du genre pervers, je ne regarde jamais les mômes, mais lui, il était craquant. Pas seulement parce qu'il était mignon, non, c'était autre chose. Je vous jure, vous l'auriez vu, vous vous seriez précipités pour lui offrir un repas chaud et un lit. Et puis il avait encore l'air de trembler en peu: c'était pas passé loin. Puis, un gosse comme lui, à Heckling Sud...à cette heure, par ce froid? Je ne serais pas toujours là pour jouer le super héros.

-Les problèmes, c'est toi qui vas en avoir si tu restes seul ici, j'ai dit. On peut te refiler un bon tuyau si tu cherches un endroit où passer la nuit: t'auras rien à payer. Ça te tente?

Il s'est mordu la lèvre: il avait l'air plutôt méfiant, mais moi, je n'avais pas une tête de tueur. Sinon, je l'aurais laissé se faire violer sans rien dire. Jordan ne m'a pas interrompu, mais il n'avait pas trop l'air d'accord. Le gosse a finit par murmurer:

-Si ça vous ennuie pas...je veux bien, oui.

-T'as un plan de la ville?

-Ouais...

-Bon. C'est tout con, c'est à trois rues d'ici: passe par Greven Street et trouve un néon rouge. Il y a une fille avec des cheveux bizarres de toutes les couleurs, elle s'appelle Chloé: dis-lui que tu viens de ma part. Elle est un peu curieuse, elle risque de te poser pleins de questions sur ton signe astrologique, mais elle est gentille.

Le visage du gosse s'est presque éclairé.

-Merci, c'est vraiment cool.

-Et fais gaffe à qui tu croises, cette fois-ci! j'ai lancé avant qu'il ne détale.

Il a hoché la tête, puis il a traversé la gare. Jordan a encore soupiré:

-T'as gagné ta place au Paradis, mon vieux.




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# Posté le lundi 07 avril 2008 14:55
Modifié le mardi 03 juin 2008 11:19

†. Episode Deux .†

†. Episode Deux .†
Heckling City


Episode Deux
Même jour
Quartier Sud
17h30
Chloé



Quand j'ai entendu le carillon de la porte, j'avais les deux mains dans la vaisselle: il n'y avait pas grand monde, et à cette heure là, le bar était complètement vide. J'ai essuyé mes mains sur le premier torchon venu et avant de sortir de la cuisine, j'ai vérifié que mes cheveux tenaient en place: depuis ce matin, ils fourchaient dans tous les sens, c'était invivable. Du coup, je me regardais partout, dans les miroirs, les verres, les casseroles en cuivre...
J'ai passé la porte sans porte –comment vous appelez ça? Une armature de porte mais sans la porte...ça s'appelle comment? - et au début, je n'ai vu personne. En fait, le gamin qui était entré avait du mal à voir par-dessus le comptoir. Je me suis penchée en avant.

-Bonjour! Je peux faire quelque chose pour toi?

-C'est vous, Chloé?

-On se connaît?

-Pas vraiment...c'est un peu bizarre, en fait. Je me suis fait accosté par deux cinglés à la gare, et un type m'a sortit d'affaire. Comme j'avais nulle part où aller, il m'a dit que je pouvais venir ici...Sami, il s'appelle, il a dit que si je venais de votre part, vous me laisseriez entrer.

Depuis quand Sami sauvaient les garçons égarés? Il avait flashé sur lui, où quoi? J'ai sourit au môme: il était vraiment choupinet. Pour commencer, il avait employé le conditionnel et il m'avait vouvoyé. Et il avait de beaux cheveux blonds, des grands yeux verts et pleins de taches de rousseur sur les joues. Pas bien grand, mais vraiment adorable.

-Quel âge tu as?

-Treize ans.

-C'est pour ça que je me tors le coup...Grimpe sur un tabouret, j'ai mal à la nuque à force de regarder par terre!

Il a sourit, et il s'est assit sur l'un des tabourets. Je me demandais toujours ce qui était passé par la tête de Sami pour qu'il me l'envoie. Il n'avait pas trop l'air traumatisé, donc ce n'était pas très grave...Mais en tout cas, il avait l'air fatigué et affamé. Puis de toute manière, il n'y avait personne, alors...Je m'ennuyais, j'allais avoir un peu de conversation!

-D'où est-ce que tu viens? j'ai demandé.

-Du Nord.

-Tu sais qu'ici, beaucoup de gens croient que le Nord est favorisé? Je paris que ce n'est pas vrai.

Il a secoué la tête. Trop mignoooon! Si j'avais eut quelques années de moins, je serais tombée amoureuse à coup sur. À l'époque, j'avais seize ans, et je ne regardais que les beaux jeunes hommes de vingt ans. Comme Jordan. S'il n'était pas homo, je l'aurais bien épousé, et j'aurais adopté ce charmant petit farfadet aux yeux verts. Pourquoi est-ce que tous les beaux mecs sont homos? Hein? C'est quoi, une révolution? J'espérais qu'il était normal, celui-là...

-Si je te pose une question à laquelle tu ne veux pas répondre, il n'y a aucun problème, l'ai-je prévenu.

-On m'a dit que vous étiez curieuse.

-Pitié, arrête ça, j'ai l'impression d'être une vieille peau! ai-je rigolé. Tu peux me tutoyer. Tu viens d'où, exactement, dans le Nord?

Il a eut l'air ennuyé, mais il a quand même répondu:

-Blueberry's Avenue.

-Oh, je vois...Ta mère travaille là-bas? Tu sais, il n'y a pas de honte: la plupart des femmes sont obligées de se prostituer quand elles se retrouvent avec un enfant sur les bras.

Blueberry's Avenue était une rue où il y avait essentiellement des salons de massages, des night clubs et autres trucs moins racontables: tous les hommes étaient proxénètes, toutes les femmes étaient prostituées.

-La mienne aussi y bossait, je me suis enfuie de chez moi il y a deux ans, ai-je continué. J'ai d'abord vécu dans un squat avec des amis, on voulait juste s'amuser...Puis elle est morte pendant mon absence, alors je suis restée ici et j'ai voulu trouver du travail. J'envoie de l'argent à mon père, il est handicapé, il touche juste le chômage. Je parle trop, pardon, me suis-je interrompue.

-La mienne aussi est morte, a-t-il avoué.

-Oh...Je suis désolée.

Pauvre petit bout de chou. Mince, il était tellement jeune! Bon, à peine trois ans de moins que moi, mais quand même...

-On ne parle pas bien le ventre vide: tu dois avoir faim.

-Pas vraiment, non.

Gargouillements de ventre. J'ai éclaté de rire.

-Bouge pas, je reviens tout de suite!

J'ai mit une casserole sur le feu: comme personne n'était venu aujourd'hui, je n'avais même pas pris la peine de cuisiner. Miguel avait son jour de congé, Remi était chez ses parents, et Stella travaillait. Heureusement que je n'avais pas eut à gérer toute seule un resto bondé! En dix minutes, j'avais fait cuire des pattes recouvertes de gruyère râpé. L'odeur m'avait mit l'eau à la bouche, je me suis préparé une assiette pour moi aussi.

-Cadeau de la maison: il n'y a pas de cafards dedans, pas la peine de vérifier.

Il s'est presque littéralement jeté sur son assiette.

-Depuis combien de temps tu n'as rien mangé? ai-je demandé, surprise.

-Chrois jours...

-Et ton père? Je veux dire, tu le connais?

Il a hésité avant de faire non de la tête, la bouche pleine.

-Ta mère ne t'en a jamais parlé?

-Elle faisait que dire que c'était un salaud, et elle me frappait quand je voulais en savoir plus.

Ok, Chloé, le sujet est clos, tu ne reviens plus jamais dessus. Pauvre gosse...Je n'ai pas pu m'empêcher de soupirer en le regardant. Il a levé les yeux:

-C'est pas une raison pour avoir pitié de moi.

-Tu plaisantes? C'est pas de la pitié, c'est de la sympathie, ai-je rectifié. Tu m'es sympathique.

Il a eut l'air surpris, puis s'est remit à manger. En moins de trois minutes, il avait vidé son assiette. Je lui aie tendu la mienne, il a refusé. J'ai insisté, je n'avais plus faim: il l'a terminé.

-Comment est-ce que ta mère est morte? Tu n'es pas obligé de répondre...

-Elle a été tuée, a-t-il répliqué. C'est pour ça que je suis là: je cherche celui qui a fait ça.

J'ai hoché la tête en silence.

-D'ailleurs, à ce propos...j'aurais un service à vous demander.

-Oui?

-Je cherche un type du nom de Samson Hanks: vous avez déjà entendu parler de lui?

J'ai éclaté de rire: le pauvre gamin m'a regardé avec des yeux en soupière. Si seulement il savait! J'ai mit du temps à m'arrêter de rire, je trouvais ça tellement drôle!

-Qu'est-ce qu'il y a?

-Le type qui t'a envoyé ici, c'est lui, ai-je expliqué. Sami, c'est un diminutif de Samson. C'est sa mère qui a choisit son nom, mais son père n'était pas d'accord, il l'a toujours appelé Sami. Tu as eu une sacrée chance, toi! Pourquoi, qu'est-ce que tu lui veux?

-Bah...en fait, il connaissait ma mère. Je voudrais juste lui poser quelques questions.

-Ah...Mais, tu sais...Il y a des tas de gens qui disparaissent, sans qu'on comprenne bien pourquoi, et...

-On l'a retrouvée attachée à un crochet de boucher dans un entrepôt, les bras écorchés et plusieurs coups de couteau dans le ventre: tu veux peut-être me faire croire que c'est un suicide ou un accident de travail?

J'ai baissé la tête.

-Pardon, désolé, s'est-il excusé précipitamment. Je ne voulais pas parler comme ça.

-Non, c'est moi, j'ai manqué de tact. Comment sais-tu que Sami connaissait ta mère?

-J'ai relevé les noms des expéditeurs de ses lettres, elle n'en avait pas beaucoup...Mais j'ai perdu les adresses: je savais juste qu'il habitait au Sud. Je veux essayer d'en savoir le plus possible.

Haut comme trois pommes et il voulait se faire justicier: il me plaisait bien, ce gamin. Il n'avait aucune chance de trouver quoi que se soit: nous sommes tous dans le même panier, la bande des éclopés, nous n'avons accès à rien. Même pas à l'éducation: la seule école de Heckling est au Nord. Ce gamin n'avait pas d'argent, il ne connaissait personne, je lui donnais encore quatre années d'espérance de vie.

-Mais tu n'as toujours nulle part où aller, lui ai-je fais remarquer. Tu pourras rester ce soir, mais après, je ne suis pas sur qu'on puisse te garder...

-J'aviserais sur le coup, m'asura-t-il alors avec un sourire confiant.

Puis, semblant se souvenir de quelque chose, il fouilla dans l'une des poches de son sac.

-Qu'est-ce qu'il y a dedans? demandai-je, curieuse.

-Pas grand-chose...Le peu de trucs que je possède.

Il en tira un bout de papier plié en quatre: lorsqu'il le déplia, je constatais qu'il y avait plusieurs noms griffonnés à la hâte.

-Je peux te poser une question indiscrète?

-Bien sur.

- ...ton nom de famille, ce n'est pas Sanders, par hasard?

Ce gamin m'étonnait de plus en plus. À Heckling, tout se divise toujours en deux niveaux: le Nord et le Sud, ceux qui achètent et ceux qui vendent, ceux qui ont les moyens et ceux qui ne les ont pas...ceux qui connaissent les noms de famille et ceux qui ne les connaissent pas. Dans cette ville, ça a beaucoup d'importance: ceux qui se font appeler par leur nom de famille sont des personnes incarcérées ou bien avec suffisamment d'argent pour qu'on leur doive du respect. On ne nome les grands pontes que par leurs noms de famille. Alors, pour marquer la faille entre les deux mondes, on a décidé de n'utiliser que nos prénoms. Quand j'ai fugué, c'était pour moi une sorte de délivrance, comme si je me détachais de ma famille...Sans le savoir, ce gosse avait un pouvoir extraordinaire entre les mains.

-Comment tu sais ça?

-J'ai trouvé votre nom chez ma mère: Sanders était le nom d'une de ses amies. Tu es la fille de Sally, alors? a-t-il demandé avec un sourire radieux. Je l'aimais beaucoup, elle était vraiment gentille avec moi. Comment ça se fait que je ne t'ai jamais vue?

J'ai ouvert la bouche, puis l'ai refermée. La dernière fois que j'avais vue ma mère à Blueberry's Avenue, j'avais quatorze ans...Ce gamin devait en avoir dix à ce moment là. J'essayais de me souvenir si j'avais déjà vu des yeux aussi verts avant aujourd'hui.

-Comment s'appelait ta mère?

-Victoria. Victoria Hope.

Oh mon dieu, c'était le fils de Victoria! Bien sur, je l'avais déjà vu...Une seule fois, seulement. Et ça m'avait même marqué: comment ai-je fait pour ne pas m'en souvenir? Il fallait avouer qu'il ne lui ressemblait pas beaucoup...Peut-être son air têtu et ses taches de rousseur. Victoria répétait sans cesse que c'était le portrait de son père. Et ce n'était pas élogieux.
Ma mère était tombé enceinte à l'âge de dix-huit ans, pas "erreur", mais elle avait gardé une grande sympathie pour mon père: à l'époque, il avait beaucoup d'argent, il l'avait aidé financièrement. Je pense qu'il l'aimait vraiment...Il lui a proposé plusieurs fois de vivre avec lui, mais elle refusait. Question de fierté, je pense, mais je suis sur que s'il n'avait pas eut son accident, elle aurait finit par accepter. Il a été renversé par une voiture, et il est en fauteuil, maintenant: ma mère continuait quand même d'aller le voir, puisque je l'adorais. Maintenant, il est tout ce qu'il me reste.
La première fois que j'ai remarqué ce gamin, il avait huit ans, et mois onze. Par ma mère, je savais qu'il travaillait dans un entrepôt de drogue pour rapporter de l'argent à Vicky. "Certaines personnes font des choix, il ne faut pas les juger, même si on ne fait pas les mêmes qu'eux", disait-elle. Jamais ma mère ne m'aurait fait travailler. Mais en même temps, elle avait quelqu'un qui lui assurait un confort...Les versements de mon père plus son salaire de prostituée, ça lui suffisait pour vivre. Vicky, elle, était seule. Et beaucoup trop jeune.
Et surtout, elle détestait son fils. Parce qu'il ressemblait trop à son père.





Cinq ans plus tôt
Quartier Nord
19h07
Chloé





Ma mère travaillait dans un salon de massage, elle n'avait pas vraiment le temps de s'occuper de moi. Elle avait réussi à me payer une place à l'école du Nord, et ce soir là, j'en revenais avec une mauvaise nouvelle: je venais de me faire renvoyer pour mauvaise conduite. J'avais longtemps traîné dans les rues avec mes amies, puis j'avais décidé de rentrer. Ma mère habitait dans un hôtel, près de son lieu de travail, mais quand je rentrais avant elle, je devais attendre dans le couloir, devant la porte, parce qu'elle ne me trouvait pas encore assez responsable pour avoir un double des clés. J'avais sans doute plus de risque de rester devant une porte d'hôtel que d'avoir un trousseau de clés, mais bon...
Vicky et les autres amies de ma mère habitaient le même hôtel, et si je me souviens bien de Vicky, c'est parce qu'elle était dans la chambre juste à côté de la nôtre. Je savais qu'elle avait un fils, mais je ne l'avais jamais vu, sans doute parce qu'il travaillait à l'entrepôt quand moi j'étais en cours...où quand je les séchais, en traînant dehors.

Ce soir là, donc, je me retrouvais devant la porte, attendant que ma mère termine: elle finissait à 19h, elle n'allait pas tarder. C'est là que j'ai remarqué le gamin. Il était assis devant la porte d'à côté, les genoux entourés de ses bras. Il ne pleurait pas, mais il avait l'air très nerveux, et il avait les larmes aux yeux. À côté de lui, un type un peu plus jeune que moi essayait de lui remonter le moral.

-Allez, ce sera juste un mauvais moment...On va se faire engueuler puis ça passera.

-Parle pour toi! Je vais m'en prendre plein la tête...Je le savais, qu'on aurait du faire plus attention!

-C'est pas non plus ma faute si les flics nous ont suivis!

En l'observant, j'ai remarqué que le petit garçon avait les bras recouverts de bleus. Et de griffures. Il y a eut des pas dans l'entrée, on s'est levé en même temps. Lui beaucoup plus rapidement que moi. Sally, Victoria et Mary montaient l'escalier en discutant, l'une d'elles a éclaté de rire. Je me souviens que Victoria était la plus jeune: 24 ans, enceinte à 16. Mary devait être la mère de l'autre garçon: elles étaient les trois seules du salon à avoir gardé leurs enfants.

-Tiens, en voilà qui reviennent bien tôt, a remarqué Mary en souriant aux deux garçons. Qu'est-ce que vous faîtes déjà là?

Elle était gentille avec tous les enfants, moi comprise. En fait, elle était gentille avec tout le monde. C'est à cause de ça qu'elle est morte avant les autres, sans doute. L'année suivante, un de ses clients l'a séquestré une semaine avant de l'égorger.

-Euh...M'man, je me suis fait virée, ai-je annoncé à ma mère.

-Avec le mal que je me suis donné pour t'inscrire!

J'ai baissé les yeux: ma mère était souvent déçue, mais elle ne me battait jamais. Elle refusait de lever la main sur moi, et elle me grondait rarement. Elle s'est contentée de soupirer.

-Bon, on fera autrement.

-Qu'est-ce que tu fous là, toi?

Victoria était une jeune fille très rieuse, agréable. Mais je ne l'avais jamais entendu parler de cette manière. Elle avait rejoint le petit garçon blond qui tremblait de peur. J'ai vu son copain lui faire un signe pour l'encourager, avant de disparaître à l'étage avec sa mère –qui avait l'air de s'enfuir, comme si elle savait que les choses allaient mal tourner.

-Je...il y a eut un problème, en fait...bredouillait le gamin.

-Ah oui? Quel genre de problème?

Le gamin serra les poings, ferma les yeux et récita d'une traite:

-Martin et moi on livrait une commande et on s'est fait suivre par les flics, on a pas pu les semer et le type à qui on a livré s'est fait choper, du coup on s'est fait renvoyer mais c'est pas notre faute, on pouvait pas savoir qu'ils étaient là et...

BAM! Une gifle magistrale l'avait fait taire. J'avais sursauté, et ma mère avait grimacé.

-Vicky, il a raison, ce n'est pas sa faute...tenta-t-elle doucement.

BAM! Une deuxième gifle.

-Comment tu as pu être aussi idiot?! a hurlé Vicky. Tu sais le mal que je me donne tout les jours pour pouvoir gagne de quoi manger? Je ne te demande qu'un minuscule effort pour m'aider, et toi, tu fous tout en l'air! T'es vraiment bon à rien, qu'est-ce que tu veux que je fasse de toi?!

-J'ai pas fait exprès, pardon...

-Mais tu ne fais jamais rien exprès! T'es un incapable, j'aurais mieux fait de t'abandonner à la naissance, espèce de sale petit ingrat! Je ne vois pas à quoi je m'attendais, avec un père aussi hypocrite que le tien!

Elle lui a attrapé le bras, il a levé l'autre au dessus de sa tête.

-Me frappe pas! Me frappe pas, s'il te plait!

-La ferme! Il va falloir que tu apprennes à vivre, et apparemment, il n'y a qu'avec des baffes que ça rentre!

La porte a claquée derrière eux, et ma mère m'a tiré par la main. Elle n'a pas dit un seul mot, mais on a toutes les deux entendu les coups pleuvoir, à quelques mètres à peine de nous. Et le soir, avant de m'endormir, en collant mon oreille contre le mur, j'entendais encore les sanglots. Si seulement, à cette époque, je m'étais rendue compte de la chance qui m'était donnée d'avoir une mère comme la mienne, je ne lui aurais pas causé autant de soucis...
Quand j'ai revu Vicky, quelques jours plus tard, elle était de nouveau souriante. Elle disait à ma mère qu'elle avait trouvé un autre boulot pour son fils, quelque chose de...comment avait-elle dit? "Plus approprié à son jeune âge", je crois. En tout cas, je ne l'ai plus jamais revu.



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# Posté le mardi 15 avril 2008 13:32